Publié par : rebuildbabel | février 26, 2008

Eteint ? Crétin ? Chrétien ?

Je vous relate rapidement une petite scène d’aujourd’hui. Avant toute chose, je veux essayer de nettoyer toute forme d’idéalisme du style “c’est mieux ailleurs”, “c’est pire ici”. Il n’y a pas de paradis sur terre, et encore moins d’enfer (ou l’inverse), mais bon, à la fin de cette histoire, chacun peut tirer sa conclusion à cette question : vaut-il la peine de se casser la tête à vouloir améliorer quelque chose sur cette terre ?… Donc ça se passe en Russie, à Saint-Pétersbourg, mais ça aurait pu se passer ailleurs, et j’ai aussi des exemples à appliquer à la France par exemple. Une petite vieille se promène avec son gros chien avec sa muselière dans ma rue, par une belle journée ensoleillée comme on n’en a pas vu depuis longtemps. Elle semble comme toutes ces vieilles russes, sans trop le sou, qui vit avec ses petites habitudes. Le fait qu’elle vive avec son gros chien aurait pu m’indiquer déjà qu’elle doit vivre seule et doit être un peu parano. Le problème de son chien, c’est qu’il tire un peu fort pour ses p’tits bras et qu’en plus elle a des grosses lunettes et elle est pas très attentive à là où elle met les pieds (un tort grave quand on passe un certain âge, il faut croire). Résultat, elle fait pas attention et se prend le pied dans une espèce de bordure et se vautre littéralement la tête la première dans une flaque de boue fondue (un concept russe, entre la neige sale pas encore fondue et la boue déjà liquide et qui n’a pas gelé avant). La vieille femme reste allongée comme inconsciente ou sous le choc. Il y a du monde dans la rue, pas des tonnes, mais il y en a, on est à deux pas d’un gros poste de police, je suis à une vingtaine de mètres de là, et j’accours vers la vieille désespérée qui gît, là, avec son chien remuant accroché à son bras. Je l’aide, seul, à la relever, pendant que passent quelques personnes, visiblement soulagées que je m’occupe seul de la situation. Une autre vieille s’approche, faisant mine de s’intéresser à la situation, mais sur un ton à la limite de la donneuse de leçon (là, j’interprète peut-être un peu, mais ça ressemblait à du genre : “faut regarder d’vant soi quand on marche, surtout si on a un chien”). J’aide donc la vieille à se relever, elle a le nez éclaté, et ça pisse le sang (désolé pour les âmes sensibles, mais c’était vraiment ça, et pas beau à voir). Ainsi le tableau suivant avec comme sujet central cette pauvre petite qui macule d’hémoglobine le sol boueux et ses vêtements (boueux) et moi qui tente de faire cesser le carnage, la voyant la larme à l’oeil, la pauvre, avec en arrière-plan deux badaux, et les gens qui continuent de passer. La suite de l’histoire, je vous la raconterai si vous voulez, mais ce qui m’a scié, et là, on me qualifiera de chrétien, de crétin, d’âme sensible, de scout, ou de je ne sais quoi, mais je ne comprends pas. Je ne comprends pas l’inaction des gens qui passent, qui voient autant que moi cette femme triste et blessée, et qui passent, sans s’assurer un peu que tout va pas trop mal, que je peux m’en occuper seul, ou je ne sais quoi. En relatant l’anecdote à Vera, pour elle, c’est normal. Pas parce que Russie, mais parce que les gens ne sont pas éduqués à cela, l’altruisme, l’humanisme, l’attention envers l’autre, la solidarité. C’est même carrément à contre-courant, c’est has-been, c’est démodé, old-fashioned, old-school, donc ringard. Sa proposition, qui vaut ce qu’elle vaut, c’est que, si j’ai besoin d’aide (ou elle, surtout, dans ce cas-là), j’ai qu’à demander, qu’à crier “Putain, mais y’a quelqu’un qui peut venir filer un coup de main, bordel de merde !”, et là, peut-être, miracle, une âme éteinte se réveillera et viendra prêter son aide. En gros, la morale de l’histoire, c’est que la prochaine fois, j’essaie de faire ça, si je joue les bons samaritains (encore une référence chrétienne, mes excuses auprès des donneurs de coups de balai), je testerai la capacité de conviction d’un homme en colère, et l’influence qu’en fait on peut peut-être avoir en poussant la voix plus haut que les autres, quand les autres sont égoïstes, inéduqués à la solidarité, et indifférents.

Publié par : rebuildbabel | février 26, 2008

Danser sur les ruines

Définitivement, je n’ai rien inventé. Michaux, Artaud et les surréalistes, les poètes et autres l’ont fait avant moi. J’écris pour ma santé, ma santé mentale. Je me répète, certains l’ont déjà entendu. Mais je viens de vous le dire, je n’ai rien inventé. Ces pages qui viendront seront d’abord pour moi, pour avoir toujours un espace un tant soit peu créatif dans ma courte vie. On n’y trouvera pas toujours ce qu’on y voudra, ce sera souvent le foutoir, mais ça aura le mérite de représenter comment ça fonctionne dans cette petite tête. Une brocante. Une braderie. Je suis un bradeux, un brocanteur. Vous le savez peut-être, je suis du pays des brocantes, ces rassemblements à peine improvisés de vendeurs de bric-à-brac, qui sans honte affichent, présentent aux badaux et même essaient de leur vendre leur richesse superflue, ou leur misère inutile, à même le sol, à même la rue. Dans cette région, tout est bon pour se soulager de ce qui vous encombre, alors quand l’occasion se présente, on s’en débarasse et à vil prix. Je fais de même, au vu et au su de tout le monde, sans pudeur, et gratuitement même. Certains préfèrent la confidentialité des lettres groupées destinées à une liste prédéfinie de potentiels lecteurs, avec des envois qui contiennent la beauté d’une bouteille à la mer, envoyée régulièrement, avec l’espoir d’un retour, d’une réponse ou plusieurs, qui parfois n’arrivent jamais. Ici, pas de ça. Juste des mots lancés, sur tous thèmes, à tue-tête, sur ce qui passe. En gros, j’essaie de recoller les morceaux, les morceaux de cette grosse machine qui m’entoure, cette grosse machine qui m’active les neurones, sans jamais totalement la comprendre. Ce sera donc un point d’ancrage, un repère, attaché à peu de choses dans cet océan de pages qui s’affichent sur nos écrans. Mais ici, j’essaie de faire un état des lieux, mon état des lieux, celui qui rassemble les bouts de ma vie, et celles des autres, un peu aussi. C’est ça danser sur les ruines. Vous l’aurez compris, le point de départ, c’est une façade qui s’écroule, et qui s’est déjà presque écroulée. Après la guerre, personne n’a empêché les gens de danser sur les ruines pour fêter la fin du carnage, pour se soulager de ces longs instants de tension, de peur, d’incertitude. Moi aussi, je veux danser sur ces ruines, sur nos ruines. Et le projet après tout ça, c’est reconstruire. Reconstruire en dépassant tout ce qui a échoué, avec beaucoup d’ambition, question au moins d’obtenir un résultat minimum.

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